Daniel attaque Conq. C’est le point au cœur, le coup d’arrêt. Toute une division d’élite s’embarque à Quimper, descend l’Odet, double Mousterlin, Beg-Meil et débarque â la pointe du Quéau. Cette pointe a disparu, démolie par les hommes. Il en reste, en pleine eau, un rocher balisé. La jetée actuelle l’a remplacée. Une autre division arrive à pied par Bénodet, la forêt du Cap Fouesnant et s’établit au Champ du Vieux Moulin, à l’ouest et prés de l’ilot. Daniel commande en chef. II a apporté des fascines et des machines de guerre.Il commença par l’intimidation, monta ses engins. jeta ses fascines et fit sommer le gouverneur. Zimar répondit à peine et dédaigneusement. L’autre n’insista pas; ses troupes, en surveillance, attendirent. Elles attendirent jusqu’à l’année suivante. On peut s’étonner, non que les assaillants n’aient écrasé Conq, une catapulte n’est pas un canon, mais qu’ils ne l’aient pas affamé. Sans doute Concar n’oubliait pas son gendre, encore moins sa place forte et il les ravitaillait de vive force ou par ruse; mais il entra aussi dans l’événement l’énergie de Zimar, celle de Dorera, des assiégés. Et la chance, l’étoile, la destinée de Concarneau qui devait vivre. Quand elle se déclencha enfin, l’attaque débuta comme un combat moderne. Daniel fit insulter par ses catapultes le front de la tour du château qui défendait l’entrée principale. Ainsi, l’épouse du gouverneur, la Princesse Dorée, reçut l’hommage des projectiles. Mais c’était une feinte et l’assaut vint du nord-ouest, contre les tours des Munitions et de la Porte aux Vins. Les hommes de Daniel passèrent sur fascines, comme, avant eux, Concar et se lancèrent à l’escalade. Ils furent écroulés sous des masses de pierre et de feu. Beau tumulte, cri d’élan et de rescousse, de colère et de douleur, les remparts hérissés, l’afflux des femmes, des enfants apportant les traits, les brandons et, dans de lourds bassins, l’eau chauffée à bouillons sur les âtres rectangulaires, au centre des maisons rondes. Déjà, la guerre totale, la lutte pour l’autel et le foyer, pour cette patrie de quelques pieds carrés, ramassée dans un îlot. Parfois, une pierre des balistes tombe dans cette foule, écrase des corps et c’est un hurlement, un remous de la horde; puis, l’oeuvre guerrière reprend, le jet des matières brillantes, le dard des flèches. Le combat dura trois heures, jusqu’à la montée du flot. Il reprit à marée basse, sur les deux mêmes tours du nord-ouest. Mais, cette fois, une division, embarquée sur canots, se lançait à l’Est contre la porte du Passage. Ce fut la plus dure journée et les gens de Daniel pénétraient dans la place.
