Les vieux saints avaient pu, trois siècles plus tôt, traverser les détroits dans leurs auges de pierre, ils avaient pu convertir ces Kymris de la Domnonée, ils n’avaient pas changé leurs cœurs. Concar, rebuté, ordonna le supplice par le glaive et par le feu en un lieu nommé l’enceinte, appelé aujourd’hui “le petit château”. Le manuscrit parle d’un bûcher. Mais les Celtes ne brûlaient pas, ils égorgeaient et leurs exécutions gardaient le rit sanglant d’un sacrifice. Ce fut peu avant l’heure fixée, trop à point pour la vraisemblance, que se produisit l’ultime péripétie, naïve, d’ailleurs, mais nous avons besoin de sourire, le fiancé jaillissant ex-machinâ, avec les bracelets qui prouvent l’origine de Dorera. Stupeur, colère, joie, on ne sait trop: la captive est Ninice, la fille de Concar, l’enfant disparue dans le sac du palais. Je vous avais prévenus: la fin de cette histoire ressort à l’Ambigu ou â la collection du Masque. En sorte que le vainqueur, modifiant brusquement la nature de ses sentiments, embrasse sa fille et la remet à son fiancé, auquel il confère du même élan le gouvernement de la ville. Le premier de nos gouverneurs s’appelait Zimar. Ainsi, nous ne sommes pas sortis du classique et Concar, après avoir failli jouer Phèdre â rebours, termine la pièce dans le personnage de don Fernan. L’histoire des hommes, écrit Gérard Bauer, est monotone et c’est en cela qu’elle est rassurante. Concar s’est retiré dans son château de Lesconar, le même qui fut pillé, où mourut safemme, d’où fut enlevée sa fille et dont la possession signifie désormais sa victoire. De là, il surveille ses places d’Audierne et de Conq; là il va se proclamer Comte de Cornouaille avec d’autant plus d’aisance que son adversaire Gradlon II, dégoûté par ses échecs, a quitté la lutte et le monde et finira, dit M. Dellain, dans la plus grande austérité. Ascétisme, déjà marqué par un Judikaël, d’une race violente et courageuse qui, après des lignées de soldats, produira des lignées de pécheurs. Et toujours Dorera dans son château, toujours Zimar gouverneur de l’îlot. Des années s’écoulent, de paix sinon de quiétude. Brusquement, l’alarme reprend aux remparts. Daniel, neveu et successeur de Gradlon, a tenté de repousser les Franks. Patriotisme ou ambition, il est persuadé que le vainqueur des Français sera le maître de la Bretagne. Mais Concar ne joue pas sur ces dés. Il n’a jamais tenu pour la Neustrie, trop voisine et il mise sur Peppin de Héristal, l’ Austrasien.
