Concarneau, ville bleue d’art et d’histoire

Sauf à l’est, que la mer n’abandonne jamais, Conq est entouré de vases que découvre le reflux. Concar passa par l’ouest, sur fascines, en pleine nuit. Les Pictes étaient sortis au pillage et le camp, gardé par quelques vieux chefs, dormait. C’était un remblai de terre gazonnée soutenu par des pieux, formant rectangle. A l’intérieur, les occupants logeaient dans des cabanes de terre et de feuillages. Les hommes de Concar se glissérent, franchirent le remblai, massacrèrent tout. La Ville-Close en 732Ils revinrent la nuit suivante, à grands cris de victoire. Concar avait tapi son gros le long du remblai et une réserve à l’intérieur. Sa ruse fut de répondre aux Pictes par des acclamations et d’allumer les foyers du camp. Les barbares, confiants, débarquèrent en pleine embuscade et aucun n’échappa. Dans le butin était une jeune captive que le chef picte avait ramenée et qu’on mit à part. Pour le moment, Concar avait d’autres soucis mais… Le premier souci de Concar était d’abord de s’abriter en renforçant les rempart des pictes et de peupler la cité. Il recruta la foule et baptisa sa ville Concar-Keroneos, par abréviation: Conkerneos, ce qui, par un mystère de la sémantique et de ces temps où les hommes avaient un nom dans chaque dialecte, se traduit par: Concar, fils d’Urbien. Que Concarneau soit la Conque de Cornouaille, bien; Qu’il ait été le refuge des pictes, soit; Que M. Walckenaer le tienne pour Vorganium, capitale des Osismes, nous en sommes flatté; Mais permettez moi de me plaire à penser que Concarneau est bien né de Concar à la façon de l’Urbs antique.  Concar donc, une fois sa ville peuplée, fit part à ses officiers (qui étaient ses pairs) du dessein qui lui était venu d’épouser la captive. Ils ne l’approuvaient point, objectant la naissance obscure, ignoble peut-être, de celle qui pourrait être la comtesse de Cornouaille et même la reine de Bretagne, si la fortune y consentait. Mais la résistance la plus imprévue vint de Doréra la prisonnière, qui se trouvait destinée à cet excès d’honneur. Elle était fiancée. En cette époque de violence chronique, tout prenait allure de tragédie. II faut rendre à celle-ci son décor, l’i1ôt nu, hérissé des huttes pictes, et, sur la pente du tertre, en pleine nuit, l’assemblée des tierns et des soldats, assise sur l’ossuaire des ennemis massacrés. Flammes mouvantes des torches, ombres dansantes, reflets furtifs et, tout au bas, face au chef, la robe claire de Dorera. Odeurs de meurtre, pas un souffle de pitié, le mariage ou la mort. La captive choisit la mort.

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